Jean Blanchais Photographe

Guinée Septembre 2015

  • 01 DSC0523
  • 02 DSC0608
  • 03 DSC0626
  • 04 DSC0438
  • 05 DSC0710
  • 06 DSC0273
  • 07 DSC0286
  • 08 DSC0246
  • 09 DSC1342
  • 10 DSC0275
  • 11 DSC0241
  • 12 DSC0820
  • 13 DSC0813
  • 14 DSC0969
  • 15 DSC1437
  • 16 DSC0295
  • 17 DSC1403
  • 18 DSC1517
  • 19 DSC1406
  • 20 DSC1804
  • 21 DSC1482
  • 22 DSC0293
  • 23 DSC1325
  • 24 DSC0356
  • 25 DSC0359
  • 26 DSC0604
  • 27 DSC0556
  • 28 DSC0629
  • 01 DSC0523
  • 02 DSC0608
  • 03 DSC0626
  • 04 DSC0438
  • 05 DSC0710
  • 06 DSC0273
  • 07 DSC0286
  • 08 DSC0246
  • 09 DSC1342
  • 10 DSC0275
  • 11 DSC0241
  • 12 DSC0820
  • 13 DSC0813
  • 14 DSC0969
  • 15 DSC1437
  • 16 DSC0295
  • 17 DSC1403
  • 18 DSC1517
  • 19 DSC1406
  • 20 DSC1804
  • 21 DSC1482
  • 22 DSC0293
  • 23 DSC1325
  • 24 DSC0356
  • 25 DSC0359
  • 26 DSC0604
  • 27 DSC0556
  • 28 DSC0629

Les fistules, mission en Haute Guinée

Retrouvailles à Tigandali

On m'a prévenu : c'est une des pistes les plus difficiles de la région, même en quatre-quatre... Nous sommes partis à trois pour rencontrer des femmes opérées de fistule deux à trois ans plus tôt : Tiguit, mon accompagnatrice, une sage-femme de l'hôpital de Labé ; Ibrahim le chauffeur de l'hôpital et moi. Nous souhaitons montrer la difficulté d'accès aux soins du côté de Tigandali, un coin perdu des plateaux à l'ouest de Labé au centre nord Guinée.

Depuis le matin, je crains que d’éventuelles pluies ne rendent très difficile le retour à Labé. Le véhicule est pourtant conduit avec agilité malgré la dégradation incroyable de la piste. Les sursauts de la voiture sont contenus et souvent contrecarrés grâce à la compétence d’Ibrahim, conducteur aussi doué que "maitre" Adama qui nous a amenés de Conakry à Labé. Tiguit connaît toutes ces routes, pistes et chemins pour les avoir pratiqués dans l’accompagnement des femmes fistuleuses. Entre leur dépistage par les infirmiers des dispensaires de la préfecture de Labé et leur prise en charge par le système de santé guinéen, ces femmes fistuleuses arrivent très fatiguées, parfois épuisées à l'hôpital. Certaines d’entre elles, anémiées, doivent avoir récupéré quelques forces avant d’être opérées.

La pluie arrive au loin, virevoltant autour des barres rocheuses.

Village de Tigandali. Nous arrivons devant un jardin très bien entretenu, entouré de palissade et de grillage. Au bout du chemin, après avoir franchi la petite porte et passé l'ombre de deux arbres, nous apercevons une femme et ses enfants. Sous le porche de la maisonnette, ils trient des arachides. Dès quelle reconnait Tiguit, la femme affiche un sourire. Il ne quitte plus son visage. Tiguit me traduit régulièrement. Cette femme a vécu pendant plus de deux mois dans cette petite communauté de femmes à l'hôpital de Labé ; notre arrivée la ramène un an auparavant. Que les deux Guinéennes se retrouvent avec joie et complicité ne fait aucun doute.

Nous nous rendons ensuite dans une famille où une femme opérée trois ans plus tôt a, depuis, donné naissance à une petite fille. C’est la première fois que j'entends une aussi belle réussite ! Nous avons eu la chance de retrouver cette femme, car elle était partie hors de son village pour des fiançailles. Nous sommes d'abord accueillis par son mari, ses deux autres épouses et une partie de leurs enfants dans leur hameau avant de partir à sa recherche. Le papa, très fier, nous présente sa plus jeune fille, surnommée "Madame projet". Cette rencontre est tout aussi touchante et remplie d'émotion que la première.

La pluie tombe progressivement, douce puis orageuse et drue. Le retour vers Labé par ce chemin détrempé et défoncé ne sera pas une mince affaire...

La fistule obstétricale

La fistule est (singulier ?) une boutonnière, une perforation anormale des tissus entre vessie-vagin, vessie-rectum ou rectum-vessie (parfois les deux ou les trois...). Elle est la conséquence d’une grossesse compliquée qui devrait être suivie médicalement. Ces fistules entrainent chez les femmes souffrantes des pertes d'urine et matières fécales. A l'approche des pavillons où sont logées ces femmes malades, l’odeur est forte.

Cette pathologie est favorisée par différents facteurs : le mariage et la grossesse précoce de la femme (adolescente chez nous), la malnutrition ou certaines carences, les mutilations génitales et le manque de structures de soins de proximité. Le plus souvent l'enfant meurt à l'accouchement.

La plus jeune opérée que j’ai rencontrée avait 14 ans. Elle avait perdu ses deux enfants.

Dans la plupart des pays d'Afrique cette maladie a de graves répercussions sociales. Elle provoque une mise au banc de ces femmes dans leur propre famille, mais aussi de leur village, et de la société tout entière. Ces femmes qui ne peuvent plus avoir d’enfant sont répudiées. Leur mari parti, elles doivent divorcer et vivre seules. Abandonnées, en marge des villages, elles finissent par mourir de dénuement.

Des ONG, des associations comme l'association MATA au Niger, financent et organisent des programmes et des formations pour permettre à ces femmes de pratiquer un travail. Elles retrouvent ainsi une vie sociale et une certaine autonomie financière.

En Guinée, un programme d'État prend en charge ces femmes. Les malades sont dépistées grâce aux dispensaires et à l’implication des femmes déjà guéries. Celles-ci accompagnent également bénévolement leurs compatriotes vers des centres chirurgicaux. Tout est gratuit. Ce qui est loin d'être le cas dans beaucoup de pays où la malade doit être accompagnée par une connaissance ou un membre de sa famille. Ce dernier est chargé de faire les courses, et la cuisine dans un bout de cour de l'hôpital. Cette opération nécessite de l'argent pour payer les médicaments, une partie des soins et la convalescence de l'opérée. Une somme que peu de familles peuvent débourser.

Jean Blanchais
photographe